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La Coopération rend hommage à son ancien Président, Victorien Viaud

Victorien VIAUD

Issu d'une famille de marins pécheurs, Victorien Viaud est né en 1922.

Après des études primaires dans les deux écoles (privée et publique), le certificat d'études en poche, il embarque à 13 ans, avec son père sur un petit bateau où il fait le métier de la crevette. Pour se perfectionner, il suit les cours de l'école des pêches, mais, au moment de passer le diplôme qui lui permettrait de devenir patron, on s'aperçoit qu'il est daltonien, ce qui lui ôte toute possibilité de commandement.

Il a quelques contacts avec la Jeunesse Maritime Chrétienne, mais c'est lorsqu'il est en Allemagne, déporté du travail qu'il reçoit sur le tas, une "formation sociale" par de jeunes militants agricoles incorporés avec lui.

En 1961, il fait construire un bateau avec son frère qui n'a pas le même handicap et qui a les diplômes et devient en pratique, par procuration, le patron du navire commun.

Il est élu administrateur de la coopérative d'avitaillement et milite dans l'un des deux syndicats du port.

Des difficultés dans la commercialisation du poisson, conduisent les dirigeants nationaux, souvent à l'instigation de Pierre Lacour, Président du Crédit Coopératif, mais aussi vice-Président de la Confédération des coopératives et du Crédit maritime, à des réflexions et à des expérimentations qui se concrétiseront par la naissance de nouvelles formes coopératives, les coopératives de mareyage et les coopératives d'armement et de gestion.

En 1967, Viaud participe à la création de la SOCOSAMA (Société Coopérative Sablaise de Mareyage) et en devient le Président.

En 1968, les marins des Sables d’Olonne le débarquent pour qu'il s'occupe de leurs affaires. Il siège alors progressivement, en qualité d'administrateur, dans toutes les instances coopératives et devient l'homme clé du port des Sables d'Olonne, alors 5ème port de pêche français et 2ème port artisanal pour le chiffre d'affaires débarqué.

Il se forme alors sur le terrain, à la gestion des coopératives. Il travaille en relations étroites avec Jean-Claude Bellot, Directeur de la Caisse Régionale de Crédit Maritime, qui a été de 1965 à 1970, un véritable animateur promoteur de la Coopération dans les ports vendéens.

V. Viaud comprend au cours de cette période que les différentes branches coopératives reposent sur les mêmes sociétaires, qu'elles forment un groupe indissociable dont l'épine dorsale est le Crédit Maritime.

Bellot quitte la Caisse de Vendée en 1970. Il a comme successeur Daniel Dreumont, qui vient du Crédit Coopératif. Il est dans le Service qui est en relations avec le Crédit Maritime et a été nommé Secrétaire général adjoint de la Confédération.
Les deux hommes s'entendent et désormais, ils vont travailler cote à cote.
A cette époque, de nombreux dirigeants de la coopération maritime se rendent aux Sables d'Olonne pour voir les différentes réalisations et s'en inspirer. Ils se rendent, disent-ils avec humour dans "la Mecque de la Coopération Maritime."

En 1973, au décès du Président Sauvet, Viaud prend la présidence de la Fédération des Coopératives Maritimes du Centre Ouest qui est utilisée par les coopératives adhérentes (Vendée, Charente Maritime, Gironde) comme centrale d'achat pour le carburant et certains matériels d'avitaillement, et qui gère l'usine de conserves de poissons adhérente sur le plan commercial, de l'Union Pécheurs de France.

Il devient Président de la Confédération, à la suite du départ de Pierre Lacour (Président du Crédit Coopératif), initiateur de la Confédération en 1956, élu Président en 1967.
Au même moment, une grave crise de commercialisation du poisson se produit. A la suite d'une montée des pêcheurs des Coopératives Etaploises, venus envahir la Direction des Pêches Maritimes et de la grève solidaire des marins de tous les ports, bloquant les ports de commerce, le gouvernement aide financièrement la constitution d'Organisations de producteurs, qui se créent pour établir des prix de retraits, de manière à avoir une action plus forte sur la commercialisation. C'est la grande affaire et la grande réussite de Viaud, qui se rend dans tous les ports de pêche. Il a bien compris qu'il fallait une OP dans chaque port, pour ne pas être contourné par le mareyage. Il parvient également à imposer le modèle coopératif à presque toutes les OP artisanales.

Il provoque une réunion de toutes les OP industrielles et artisanales aux Sables d'olonne et parvient à constituer l'Association Nationale des Organisations de Producteurs, qui sera chargée d'harmoniser les prix de retraits et de faire respecter une discipline commune. Cette importante initiative conduira ensuite les Pouvoirs Publics à créer le FIOM (Fonds Interprofessionnel d'Organisation du Mareyage) devenu aujourd'hui un Office du poisson sous le nom d'OFIMER.

Deux faits importants, à l'échelon National marquent la fin de sa carrière. Il s'agit de la préparation de la loi de 1983 sur la coopération et de la réforme du crédit maritime.

Dans le 1er cas, avec son Secrétaire Général, Jean-Luc de Feuardent, il parvient à convaincre les Pouvoirs Publics de mettre en place un mécanisme de constitution des fonds propres hors fiscalité.

Dans le 2ème, il participe activement, lors d'une réforme du Crédit Maritime et de la loi bancaire et parvient, avec les dirigeants du Mouvement, à imposer une autonomie forte de cet organisme car il sait qu'il est un point d'appui essentiel aux initiatives coopératives.

Il programme ses départs des différentes présidences qu'il assume et se retire entièrement dans son quartier natal de la Chaume.

Il aura cependant connu deux déceptions :

L'une est personnelle. En 1976, il se présenta à la présidence de la Caisse de Vendée et ne fut pas élu à la suite d'une cabale syndicale. Quelques mois plus tard, le nouveau président ayant démissionné, il déclina l'invitation à se représenter.

L'autre démontre s'il en était besoin, l'idéal coopératif de ce dirigeant et concerne l'Armement Coopératif. S'il a toujours soutenu cette action, il en espérait davantage, car, alors que l'armement coopératif promeut un seul homme, le patron, Viaud aurait souhaité que le bateau lui-même devienne une Scop, afin de promouvoir à égalité tous les hommes qui sont à bord. Cette idée fut jugée irréaliste, notamment en raison des questions touchant au commandement. (Un président autre que le patron, le patron mis en minorité...)

Victorien Viaud a laissé une forte empreinte dans le mouvement de la Coopération et du Crédit Maritime. Du fait de son action de promotion du milieu maritime, de son attachement pour les hommes, il conservera l'image d'un militant dévoué au service d'une grande cause. Sa simplicité et sa modestie font qu'il n'apparaît pas comme le leader charismatique qu'on retrouve parfois dans d'autres lieux, mais comme une sorte d'anti-leader agissant grâce à sa force de conviction.

Victorien Viaud a été Conseiller Municipal des Sables d'Olonne, il est Officier du Mérite Maritime et Chevalier de la Légion d'Honneur.

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